Agencement d’un salon de coiffure : séparer sans cloisonner, accueillir sans faire boutique !

Dans un salon de coiffure, tout se voit. Les postes de coiffage, les bacs à shampoing, l’espace d’attente, les rangements… et parfois même ce que l’on préférerait justement ne pas montrer.
Pour ce projet, l’enjeu était donc autant esthétique que fonctionnel : organiser les différentes zones du salon sans les enfermer, préserver l’intimité des clients et permettre aux coiffeurs de garder une vision globale de l’espace.
Avec ses deux façades vitrées, le salon avait également une particularité intéressante : l’intérieur participe directement à ce que l’on perçoit depuis la rue.
Avant / Après : agencement et décoration d’un salon de coiffure.
L’idée n’était donc pas de tout montrer, ni de tout cacher, mais de choisir ce que l’on donne à voir.
C’est notamment ce qui a guidé l’implantation des deux fonctions principales. Les postes de coiffage prennent place vers l’avant du salon, tandis que l’espace shampoing est volontairement installé plus en retrait.
Un choix loin d’être anodin : lorsque l’on est installé au bac, allongé et légèrement en retrait, on apprécie généralement un peu plus d’intimité. Et les bacs à shampoing, très techniques, n’ont pas nécessairement vocation à devenir les premières choses que l’on aperçoit depuis la vitrine.
Pour autant, pas question de créer deux espaces complètement séparés.
Toute la réflexion du projet va justement consister à créer une frontière sans construire de frontière....
Un meuble sur mesure pour séparer sans cloisonner
Entre les postes de coiffage et les bacs à shampoing, j’ai imaginé un meuble central entièrement réalisé sur mesure.
Sa première fonction est de créer un filtre.
Depuis l’extérieur et la partie coiffage, le regard peut continuer à filer jusqu’au fond du salon, mais les bacs et les jambes des clients installés pour leur shampoing restent protégés des regards.
Du côté du coiffeur, en revanche, la visibilité est préservée. Lorsqu’il travaille au niveau des bacs, il peut toujours voir l’entrée du salon, accueillir un client et garder un œil sur ce qui se passe.
On sépare les usages sans fermer les perspectives.
Le meuble a été conçu sur deux niveaux avec, là encore, plusieurs fonctions.
Sa partie basse devient un véritable espace de rangement côté shampoing. Produits, accessoires et petit matériel peuvent être conservés à proximité immédiate sans envahir visuellement le salon. De l’autre côté, elle sert de support à un petit meuble en bois davantage décoratif.

Au-dessus, un jeu d’étagères ajourées poursuit ce travail de séparation tout en laissant passer la lumière.
Elles deviennent également un support pour les objets et accessoires qui participent à l’identité du lieu.
Filtrer, ranger, décorer et laisser circuler la lumière : un seul meuble, mais beaucoup plus qu’une seule fonction.
Un salon chaleureux avec juste ce qu’il faut de funky
Pour l’ambiance, le souhait du coiffeur était assez clair :
« Je veux une décoration qui fasse parler. »
Plutôt que de construire tout le projet autour d’une accumulation d’éléments très marqués, j’ai préféré créer une base chaleureuse et suffisamment pérenne pour pouvoir évoluer dans le temps.
Le beige rosé accompagne ainsi une grande partie du salon et sert de toile de fond à des touches beaucoup plus inattendues : du jaune fluo, quelques touches de bleu, une suspension graphique…
Des petits décalages volontairement choisis pour accrocher le regard sans transformer l’ensemble en décor figé.
Et c’est aussi là que le projet devient intéressant : la décoration peut continuer à vivre.
Objets, accessoires, livres ou petites pièces décoratives pourront changer au fil du temps, des envies du coiffeur et de son budget, sans qu’il soit nécessaire de repenser tout l’aménagement.
Une base chaleureuse, quelques détails inattendus et surtout suffisamment de liberté pour que le salon continue à raconter de nouvelles choses.
Deux vitrines pour donner envie de regarder… puis d’entrer

Avec deux façades vitrées, difficile d’oublier ce qui se passe de l’autre côté du verre.
L’intérieur devient aussi une partie de l’image du salon depuis la rue.

Les touches colorées, le mobilier plus singulier et les objets décoratifs ont donc également été pensés pour attirer le regard depuis l’extérieur.
On aperçoit le salon sans tout découvrir immédiatement. Le meuble ajouré laisse deviner sa profondeur, les couleurs accrochent l’œil et les différents plans donnent envie d’en voir davantage.
L’aménagement intérieur joue alors presque le rôle d’une seconde vitrine.
Un miroir qui agrandit l’espace… mais pas seulement
Dans la partie coiffage, le grand miroir existant a été conservé.
Au départ, nous avions envisagé de le supprimer. Mais son démontage risquait de le casser et son remplacement aurait représenté un coût important.
Plutôt que de remplacer pour remplacer, nous avons donc choisi de composer avec l’existant.
Sa structure, assez imposante visuellement, a été repeinte afin de mieux l’intégrer au nouvel univers du salon et d’en atténuer la présence.

Le miroir conserve alors tous ses avantages : il accompagne naturellement les postes de coiffage, agrandit visuellement l’espace et reflète les différentes couleurs et éléments du salon.
Une contrainte budgétaire qui devient finalement une composante du projet.
Dans un salon de coiffure, la lumière est aussi un outil de travail
C’est probablement l’un des détails que l’on remarque le moins sur les photos. Et pourtant, techniquement, c’est l’un des plus importants.
L’éclairage d’un salon de coiffure ne sert pas uniquement à créer une jolie ambiance.
Il doit permettre au professionnel de travailler avec une perception des couleurs la plus fidèle possible.
Avant les travaux, le coiffeur devait parfois sortir dans la rue pour vérifier le rendu d’une couleur à la lumière naturelle.
Avant / Après
Nous avons donc travaillé avec des éclairages possédant un IRC très élevé, l’indice de rendu des couleurs permettant d’évaluer la fidélité avec laquelle une source lumineuse restitue les couleurs.
Ici, la lumière fait donc partie intégrante de l’outil de travail : elle doit être agréable pour le client, valoriser le salon, mais aussi permettre au coiffeur de juger correctement une coloration.
C’est typiquement le genre de détail technique invisible une fois le projet terminé… mais qui peut complètement changer son utilisation au quotidien.
Et si l’espace d’attente ressemblait davantage à un salon ?
Autre parti pris : faire disparaître autant que possible les codes traditionnels de la boutique.
Plutôt qu’un espace d’attente très identifiable avec quelques sièges alignés, j’ai imaginé un véritable petit coin salon.
Des fauteuils confortables, des livres, un petit meuble, une enceinte, quelques objets…
L’idée est que l’on puisse s’y installer naturellement, presque comme on le ferait chez soi.
La même réflexion a été menée autour de la caisse. Plutôt que de matérialiser un comptoir fixe qui rappelle immédiatement l’univers commercial, le fonctionnement a été pensé de manière plus mobile et discrète.
On vient évidemment chez le coiffeur pour une prestation, mais l’espace peut raconter autre chose qu’une simple succession de postes de travail.
Cette approche permet également de rendre le lieu plus chaleureux et de prolonger l’expérience jusque dans les moments où, finalement, on ne fait qu’attendre.
Un sol clair pour faire respirer l’ensemble
Pour accompagner tous ces éléments, le sol a lui aussi été entièrement repensé avec un carrelage effet béton très clair.

Sa teinte permet de réfléchir davantage la lumière et d’apporter de la luminosité à l’ensemble du salon.
Il joue volontairement un rôle plus discret face au beige rosé, au bois et aux touches de couleurs beaucoup plus affirmées.
C’est cette base relativement sobre qui permet justement aux éléments plus singuliers de prendre leur place sans saturer l’espace.
Un agencement d'un salon de coiffure pensé autant pour ceux qui travaillent que pour ceux qui attendent
Finalement, derrière les couleurs et les objets qui attirent immédiatement l’œil, l’essentiel du projet se joue dans l’agencement.
Mettre la coiffure à l’avant et les shampoings à l’arrière.
Préserver l’intimité sans fermer l’espace.
Permettre au coiffeur de voir l’entrée depuis les bacs.
Créer du rangement là où il est réellement utile.
Travailler une lumière adaptée à la coloration.
Faire disparaître la caisse traditionnelle.
Transformer l’attente en véritable petit salon.
Tout est pensé pour que les usages restent très lisibles sans que l’espace paraisse compartimenté.
Et autour de cette organisation fonctionnelle, la décoration peut alors prendre davantage de liberté.
Chaleureux, fonctionnel, avec cette petite pointe de funky qui attire le regard : le salon trouve son identité sans oublier qu’il reste avant tout un véritable outil de travail.

[Flore Huguet, architecte et décoratrice d’intérieur à Bordeaux], j’accompagne également les professionnels dans la conception et l’aménagement de leurs espaces : salons de coiffure, commerces, bureaux, cabinets dentaire ou lieux recevant du public.
Parce qu’un espace professionnel peut répondre à toutes les contraintes du métier sans avoir l’air d’avoir été dessiné uniquement autour d’elles.




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